9 ème jour de randonnée
: Val d'isère et le col de l'Iseran.
Météo : soleil
Nous voici
dans la célèbre ascension d'un des plus hauts cols d'Europe
ouvert à la circulation automobile.
Les tunnels, non éclairés, pour la plupart, succèdent aux
ouvrages paravalanches. Ce qui nous cause, parfois quelques
soucis d'orientation à l'intérieur de ceux-ci ! Le soleil
et le ciel bleu nous accompagnent encore et toujours et c'est
au détour d'un lacet que nous nous retrouvons face au lac
du Chevril entre Tignes et Val d'Isère. Arrêt photos, pause
pipi et repos sur le célèbre barrage qui avait fait couler
beaucoup d'encre et de larmes lors de sa construction.
Nous sommes
profondément imprégnés par ce fabuleux panorama qui nous entoure.
« Que la montagne est belle » chantait Ferrat.
Si je perçoit aussi intensément les battements de mon coeur,
je le doit sans aucun doute à l'altitude, à l'effort physique
mais aussi à l'émotion ressentie en ces lieux magiques.
Quelques
minutes plus tard, Val d'Isère (alt. 1.880m) 2 h d'arrêt,
tout le monde descend. Il est midi nous nous préoccupons de
notre déjeuner. Celui-ci ne représente certainement pas un
modèle de diététique à suivre : 1 baguette, 1
camembert, 1 assiette anglaise et pour arroser le tout : 1
litre de jus de pomme ! Nous prenons le temps de sympathiser
avec 2 cyclotouristes étrangers venus d'Allemagne, guidés
par l'amour du vélo et de la montagne. Nous partageons notre
passion commune pendant ces courts instants qui font de nous
les meilleurs amis du monde. Salut les gars que Dieu vous
garde...
Il est 14h,
que la vie nous paraît belle, nous chevauchons nos montures,
avec le grand col de l'Iseran en point d'orgue d'une journée
mémorable. Il nous reste 16 km à parcourir avant d'atteindre
le toit de notre périple.
J'ai de
plus en plus de difficultés à tenir le rythme, nous sommes
à plus de 2.500m d'altitude. Le vent frais, le manque d'oxygène,
le poids de nos bicyclettes surmontées d'une tonne de sacoches
bondées sans oublier l'assiette Anglaise qui baigne dans un
lac de jus de pomme, très agité. Voilà les causes de mon calvaire.
Je ne reste
cependant pas insensible à ce nouveau décor fait de roches
escarpées et de bancs de neige. A quelques centaines de mètres
du sommet, des gens nous acclament, nous applaudissent et
nous félicitent. Cela nous fait chaud au coeur (pour ce
qui est du corps, je suis en short et il fait 8°C avec
vent frais soutenu !)
Il est 16
h, nous sommes au col de L'Iseran 2.770 m d'altitude. C'est
avec une joie incommensurable que nous nous donnons une vigoureuse
accolade qui témoigne de notre amitié, de notre solidarité
et du plaisir d'avoir réussi. C'est aussi le moment de faire
nos adieux à Thierry PAOLAZZI qui doit rentrer chez lui pour
d'autres obligations prévues de longue date. Nous le regardons
s'éloigner avec un pincement au coeur. Quoiqu'il arrive
nous avons déjà réalisé de belles choses tous ensemble. Nous
avons souvent rêvé à ces instants et à présent nous vivons
ce rêve ! « salut blaireau »,
soit prudent car la descente vers Bourg Saint Maurice est
dangereuse.
Nous ne
pouvons nous attarder trop longtemps en ces lieux car le froid
nous engourdit. Nous voici chaudement habillé, nous sommes
prêts à « fondre » sur Lanslebourg.
La descente
est dangereuse sur cette route étroite en lacets. Cela ne
nous empêche pas de lancer nos montures à vive allure vers
la vallée. Cette folle sensation de liberté procurée par l'ivresse
de la descente m'a fait craindre le pire à plusieurs reprises.
Un freinage un peu trop tardif, une mauvaise appréciation
de trajectoire, la vue perturbée par le vent qui fait larmoyer
mes yeux et hop quelques dizaines de mètres effectuées sur
le bas côté de la route !
Ouf ! j'ai encore eu beaucoup de chance, mais qu'importe,
ces instants sont tellement exceptionnels, je plane, je vole,
je m'éclate (au sens figuré bien sûr).
A cet instant il me semble que la vie m'a crédité d'un tel
« capital bonheur » que je ne pourrai
plus en espérer beaucoup plus,et si je devais partir maintenant...
Après ces quelques instants d'inconscience, me voilà revenu
les pieds sur terre, la descente se poursuit normalement.
(Ce que je ne pouvais prévoir à cette époque, c'est que bien
des années plus tard d'autres bonheurs, différents, d'une
intensité au moins égale, alterneront avec de profondes douleurs.
Toutes ces expériences venant s'inscrire dans les pages d'une
vie déjà riche en émotions .)
Nous arrivons,
un peu courbaturés, à Lanslebourg-Mont-Cenis. Après une bonne
toilette dans une fontaine, nous recherchons, non sans mal,
un lieu pour nous reposer cette nuit. Nous avons enfin obtenu
l'autorisation de passer la nuit derrière une ferme, sur un
lit de bottes de paille, « à la belle étoile ».
Pendant que les copains préparent notre repas (Maïs, thon,
mayonnaise, comté et riz, le tout en salade), je procède à
la remise en état de ma bicyclette. Le câble de mon frein
arrière s'est brusquement décidé à me faire faux bond aux
abords de Lanslebourg. Je n'ose pas imaginer ce qu'il serait
advenu de ma « noble personne » si cela
s'était déroulé, quelques km plus haut, alors que je jouais
à « rivaliser » avec notre « Poupou »
national...
Il est 23h
nous sommes allongés sur un matelas de paille avec la voûte
céleste comme décor. Nous sommes à 1.400 m d'altitude, les
étoiles filantes qui traversent ce ciel limpide et pur de
ce mois de juillet nous invitent à faire quelques voeux
pour un avenir que nous espérons heureux pour tous ceux que
nous aimons et pour nous-mêmes. Il est 1h00 du matin, bonne
nuit les copains. |